Le projet Open Data de Rennes
Grâce à @pierretran, voici la vidéo et la présentation remarquable d'Hugues Aubin (@hugobiwan) sur l'avancée du projet www.data.rennes.fr (site encore en construction).
A noter l'article complet d'Internet Actu par Hubert Guillaud sur le sujet de l'Open Data à #Lift10.
Lift 10 France : Ouvrir les données à Rennes from Pierre Tran on Vimeo.
La gouvernance publique des biens communs informationnels et la diversité des acteurs
Cet article s’inscrit dans le cadre de ma recherche sur la gouvernance des biens communs informationnels et aborde le problème de la diversité auquel nous répondrons dans un prochain post.
Dans le cadre de la mise en œuvre de l’accès numérique au patrimoine culturel et aux connaissances du domaine public, l’Etat a missionné en 2009 le président de la Bibliothèque Nationale de France pour réaliser un plan stratégique en coordination avec l’ensemble des différents acteurs publics impliqués dans la chaine du livre. Appelé Schéma Numérique, c’est un dispositif qui associe des responsables de bibliothèques territoriales, des représentants du Conseiller Livre des Directions régionales des affaires culturelles (Drac), et des statisticiens du ministère de la culture afin de répondre à la proposition n°25 du rapport Barluet : «Définir un schéma d’orientation du numérique en bibliothèque». L’objectif fixé par le Ministère de la Culture est d’établir un bilan de l’action, des moyens et des besoins des bibliothèques dans le domaine du numérique, mais aussi de proposer un plan d’harmonisation des politiques nationales ainsi que d’étudier les partenariats public-privé potentiels autour des bibliothèques numériques.
Or l’une des caractéristiques du paysage des bibliothèques numériques en ligne est sa grande fragmentation : les dispositifs de stockage des données, qu’elles soient en provenance d’acteurs publics, privés, ou même individuels sont rarement interopérables. Sur un plan technique, les « métadonnées » qui permettent de décrire un ouvrage publié sous forme numérique en associant notice, informations sur l’objet, sur son auteur, etc., si elles demeurent sous un format propriétaire, ne peuvent être échangées entre les différentes bibliothèques numériques, privées, publiques, ou mises en œuvre par une action collective auto-organisée (comme celle de l’encyclopédie Wikipédia appelée Wikisource). Par conséquent, les ouvrages du domaine public peuvent être plus difficilement accessibles aux individus qui désirent les consulter en ligne, l’information étant disséminée en de nombreux endroits d’Internet sans qu’elle soit reliée entre elles ou au site d’une grande bibliothèque numérique publique comme Gallica par exemple. La fragmentation des bibliothèques numériques en ligne, et la dispersion des données qui en résultent, est assez similaire à la situation qui prévalait dans le monde des bibliothèques physiques publiques avant leur fédération au sein de réseaux d’acteurs et la création de processus d’harmonisation pour localiser un ouvrage sur ce réseau (ce qui permet par exemple les prêts interbibliothèques). La diversité des acteurs qui manipule et met à disposition des livres numériques constitue cependant une différence majeure qui distingue dans le cas présent le monde physique du numérique. Sur le territoire national, les bibliothèques publiques sont aisément identifiables et représentent un nombre fini d’institutions. Sur Internet, la variété et le nombre potentiellement infini de sites et d’acteurs pouvant héberger et mettre à disposition des internautes des documents du domaine public implique une stratégie de coordination différente de la part de l’acteur public dans sa mission de création d’espaces de connaissances accessibles au citoyen (voir à ce sujet le rapport Ory-Lavollée au Ministère de la Culture, 2002).
C’est pourquoi l’une des grandes recommandations du Schéma numérique des bibliothèques déclare qu’il est nécessaire « d’Aider les bibliothèques à mettre en place des réservoirs de données répondant au protocole OAI-PMH. En faire un critère majeur de la contractualisation en cas d’attribution de subventions publiques pour la numérisation ». L’objectif est ici de mettre en place un dispositif technique qui encourage les pratiques coopératives entres les bibliothèques pour maximiser l’exploitation des données publiques et offrir leur usage le plus large possible aux citoyens et à toute sorte d’organisations. L’adoption de standards ouverts comme OAI-PMH présente un cas typique de tentative de gouvernance publique de la diversité des parties prenantes dans la transition vers le numérique. Bien qu’il se situe en aval de la définition des Biens Communs Informationnels et de l’étude du modèle général de gouvernance propre à cette ressource, il fait partie intégrante de l’analyse de la gouvernance publique qui en découle.
En accord avec cette nouvelle perspective de recherche, nous proposons donc la problématique suivante :
Dans quelle mesure les dispositifs techniques ouverts sont-ils un moyen pour les bibliothèques publiques numériques de valoriser les Biens Communs Informationnels en favorisant la diversité des publics créateurs et usagers de ces espaces ?
En théorie de l’information, la valeur d’une entité numérique (texte, son, vidéo, image) réside en effet dans son usage par l’internaute, usage qui est largement déterminé par son accès dans le cadre des réseaux numériques. L’accessibilité de l’information est une notion centrale dans le des espaces communs de la connaissance, et comprend plusieurs composantes comme le degré d’ouverture et de réutilisation de celle-ci, mais aussi son format adapté à de larges publics comme les personnes handicapées par exemple. De plus la possibilité de réutiliser les informations du domaine public est une source d’innovation et de création artistique ou commerciale inépuisable pour les individus et les entreprises. L’enjeu de notre recherche est donc à présent de déterminer l’impact de la stratégie de gestion de ses données numériques choisie par la Bibliothèque Nationale de France sur la valorisation de son fond sur Internet.
Ressources:
- Le rapport Ory-Lavollée (2002) au Ministre de la Culture
- Le rapport Barluet sur le Livre 2010
- Le rapport Racine sur le Schéma numérique des Bibliothèques (2009)
Qu’est-ce que la Gouvernance Publique Ouverte (GPO) I ?
Loin de souscrire à une mode passagère telle que “l’ouverture” et vouloir l’emploi de termes qui seraient plus acceptables par le politiquement correct (gouvernance en lieu et place de gouvernement), il nous faut définir ce qu’est la GPO, sa légitimité dans le débat du management public comme ses fondations théoriques, et l’horizon vers lequel elle nous entraine.
Le principe “d’ouverte” fait directement référence à la notion de transparence autant que celle de réutilisation des informations sur lesquels doit s’appuyer cette nouvelle gouvernance publique. Issue du mouvement en sciences de l’informatique des logiciels open source, elle reprend la posture dans laquelle se sont inscrites les fondateurs du cadre des biens communs informationnels (BCI).
Les logiciels open source sont notamment caractérisés par:
- Une licence particulière (GNU, Creative Commons par exemple) sur le code du logiciel par lequel son auteur donne la liberté au public à accéder à sa source dans son intégralité, à la modifier et à la redistribuer sous certaines conditions.
- Un type de gouvernance original que Demil et Lecocq (2005) nomment Bazaar Governance en référence à Raymond et son ouvrage The Cathedral and the Bazaar: ni hierarchique, ni de marché, ni même de réseau, c’est une forme d’action collective auto-organisée
- Des supports technologiques politiquement neutres permettant à tous les contributeurs de s’exprimer et de participer sur un mode égalitaire
La suite dans un prochain article
La charte des droits des Biens Communs Informationnels de Philippe Aigrain
C’est le livre Cause Commune, publié en 2005 par Philippe Aigrain, qui me fournit l’occasion de réouvrir mon nouveau blog dédié à la gouvernance publique ouverte des Biens Communs Informationnels. Mon mémoire de Master 2 Recherche, puis ma thèse porteront sur ce champ en pleine expansion du management public, rempli de promesses mais aussi de menaces pour le Bien Commun, et qui feront l’objet de publications régulières ici.
Dans cet ouvrage important pour comprendre les enjeux de l’information en tant que Bien Commun face à leur appropriation au service d’intérêts privés, P. Aigrain énonce une charte des Biens Communs Informationnels que je reproduis ici:
Chacun a :
1. Le droit de créer de nouvelles entités intellectuelles, y compris en utilisant des entités préexistantes.
2. Le droit de rendre sa création 1 publique (sens originel de publication).
3. Le droit d’être reconnu comme créateur de tout ou partie d’une entité intellectuelle.
4. Le droit d’obtenir récompense économique ou non économique pour une création, en proportion de l’intérêt que d’autres y ont porté.
5. Le droit d’accéder à toute entité intellectuelle qui a été rendue publique.
6. Le droit de citer des extraits d’une entité intellectuelle quel que soit son média, pour les besoins de l’information, de l’analyse, de la critique, de l’enseignement, de la recherche ou de la création d’autres entités intellectuelles.
7. Le droit de redresser toute erreur, affirmation diffamatoire, information fausse ou attribution erronée.
8. Le droit de référencer, de créer un lien vers des entités intellectuelles produites par d’autres ou d’inventorier ces dernières, du moment qu’elles ont été rendues publiques
L’ouvrage Cause Commune, que je vous recommande, est disponible en pdf sous licence Creative Commons sur le site de Philippe Aigrain ici: http://paigrain.debatpublic.net/?page_id=160, ou en version papier sur Amazon.













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